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23 décembre 2014 à 17:22

La Traversée Maurice-Réunion d'Arnaud Delerive


Passionné de SUP et de défis sportifs en tout genre comme le grand raid, le réunionnais Arnaud Delerive a réussi le pari un peu fou de rallier à la Rame, les 175 km qui séparent Maurice et la Réunion en moins de 48h. Ce sympathique rider cinquantenaire, que nous avions déjà rencontré l'an passé au Mauritius SUP Challenge,revient pour nous sur cette aventure inoubliable mais éprouvante.


''Après 10 jours d’attente à Rivière Noire dans le sud ouest de Maurice, enfin une fenêtre météo favorable se présente : départ dimanche 14 de la Pointe du Morne pour 175 km de rêverie solitaire pour rejoindre Sainte Rose à la Réunion.
Je suis escorté par le Cuba Libre, un voilier monocoque de 10,5 m skippé par Dominique Blasin. Jérôme Vivier Merle, Marie sa fille et Cathy ma femme complètent l’équipage. Après le contrôle de l’immigration et des coast guards négocié près de mon lieu de départ, enfin je prends la mer vers midi par la passe du Morne, aidé par Zano Labastie, tandis que Cathy rejoint le violier à bord d’un speed boat. Contre toute attente, la mer est très formée : de la houle du vent de nord est se croise avec une houle australe de sud ouest. Pendant 4 heures je me fais chahuté et ça m’inquiète beaucoup.

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Et puis d’un coup ça s’organise et je me retrouve à surfer la houle du vent avec ma SIC F16 et ses 30 kg de chargement. Je file à 8km/h de moyenne sans forcer, le pied ! Là je me dis que je vais boucler en moins de 30 heures. Et puis … la nuit tombe, très noire avec des nuages et la lune qui ne se lève qu’à minuit et la mer qui est toujours bien agitée. Je n’arrive plus à rester debout alors je m’installe pour déguster une barquette de nouille chinoise et …catastrophe : avec la chaleur d’enfer en cette saison les nouilles ont tourné et les manger me fait immédiatement chopper le mal de mer. Vomi sur vomi.

Je finis la nuit épuisé, mais avec les 8-10 knts de vent de E-NE j’avance sur mon axe sans rien faire. Au petit jour le vent disparaît et ne reviendra plus de toute la traversée, la houle de E-NE, elle, est toujours bien présente. Je me remets debout mais épuisé je suis obligé de faire une pause allongé toutes les 20mn. Du coup ma vitesse moyenne descend très bas malgré un bon 6km/h lorsque je rame. Je n’y crois plus, j’ai la nausée, pas de force, incapable d’avaler quoique ce soit, et le moral à 0. Mais après avoir posé un patch anti mal de mer je me dis qu’il faut laisser passer l’orage et effectivement en cours de journée ça va de mieux en mieux.

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Je suis toujours faible et dois m’allonger très souvent sur mon SUP, mais j’ai retrouvé un peu de moral. J’ai abandonné l’idée d’autonomie, mon eau est à 40° et pue le plastique, et je me laisse ravitailler par Cathy en eau fraiche, coca frais et quelques nouilles dans un bouillon. Malgré tout j’ai beaucoup de mal à m’alimenter : sur les 40 dernières heures je n’avalerais en tout et pour tout que 3 bananes, un petit bol de pâtes dans un bouillon et guère plus de 3-4 litres de liquide. Mais j’avance et les km défilent, lentement mais surement, par objectifs de 2-3 km à la fois. Si bien qu’au soir du 2ème jour j’arrive en vue du but, il reste 30 km et alors que je n’avais pas vu un seul nuage de la journée, un orage dantesque s’abat sur nous : des trombes d’eau, des éclairs de partout, le vent qui tourbillonne. Je ne sais plus où j’habite, j’ai les yeux rivés sur mon compas éclairé par ma frontale, et ça dure 2 heures, tout l’équipage est super stressé à l’idée de me perdre dans ce chantier.

Puis comme par magie, ça s’arrête net et le ciel se nettoie laissant apparaître une voie lactée exceptionnellement lumineuse. J’alterne alors les périodes de sommeil sur mon paddle, emmitouflé dans ma veste néoprène, avec de la rame assise contre le petit vent de terre qui s’est levé après l’orage.

Quand le jour se lève il reste 20 km. Avec ma technique de repos toutes le 20 mn, ces 20 km paraissent une éternité mais j’ai bien conscience qu’il faut que je savoure ces derniers instants face au spectacle grandiose du volcan et de la côte sauvage de l’Est. Cathy saute du bateau avec son SUP gonflable et nous rejoignons quelques potes venus à notre rencontre. A 11h, après 47 heures de voyage, je quitte enfin mon paddle pour la terre ferme. Ca tangue ! Des amis sont là et je me fais confisquer par la presse qui m’attendait. Je suis surexcité et me tient éveillé sur les nerfs. Et je réalise doucement que ça y est c’est fait, et c’est tant mieux parce que honnêtement j’en ai bavé.

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MERCI MERCI à toute l’équipe. Sans eux je n’y serais sans doute pas arrivé. Ce projet que j’avais d’abord égoïstement imaginé solitaire s’est retrouvé au fil des rencontres et des réflexions un vrai projet de groupe avec de belles rencontres. Ca donnerait presque envie d’y retourner…''


Photos: Yves Jaquemin

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