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2 février 2015 à 14:09

Ze Race racontée par Martin Letourneur


Une semaine après le Karukea Challenge qu'il nous avait présenté en détails, le jeune Breton Martin Letourneur poursuit son séjour antillais et à participé Samedi dernier à Ze Race, l'ultime épreuve qui focalise depuis des mois l'attention de tous les concurrents locaux et de nombreux métropolitains. Cette longue épreuve de 33 miles (53km) reliant basse terre à Marie Galante a connu un scénario assez inattendu puisque les conditions Downwind initialement prévues sur ce parcours avec les alizés soufflant régulièrement à cette période de l'année ont laissé place à une pétole qui mis les forces et la persévérance des concurrents à rude épreuve. Deuxième de l'épreuve derrière le redoutable Rétais Dimitri Georges auteur d'un magnifique doublé, Martin Letourneur nous raconte cette épreuve pas comme les autres.

Tous les riders avaient rendez vous sur Marie Galante le vendredi après midi pour préparer le matériel, assister au dernier briefing et se retrouver à "El Rancho" pour la nuit, un endroit pour le moins atypique dont le confort n'a rien à envier à une prison mexicaine . A vrai dire la compétition a commencé dès la veille avec une course au sommeil où la moindre heure de repos constitue un veritable challenge. Rendez-vous le lendemain matin sur la plage de Saint-Louis pour une cérémonie musicale avant le départ, puis chaque coureur part avec son bateau pour remonter au nord de l'île vers la zone de départ choisie. Le premier aperçu des conditions ne fait pas rêver mais on pense tous que les 8-10nds de prévus seront très vite de la partie.

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Capture

Le départ se fait en ligne sur l'eau. Sans surprise on part assez rapidement avec Dimitri George et Yoann Cornelis sur une route "Sud", la plus directe possible alors que certains dont Amaury Dormet et Stephane Bodet choisissent une route plus au nord. Les deux premières heures de course se font sur une mer d'huile, il n'y pas même 1 nœud de vent, on ne distingue pas les reliefs de l'eau, le seul repère de glisse est la manière dont le nose de nos 14' fend l'eau. Il fait déjà très chaud mais le temps passe assez vite car le moral tient toujours, on reste relativement proches avec Dimitri alors que l'on a déjà plusieurs centaines de mètres sur nos poursuivants. Le passage entre la 2e et la 3e heure de course est décisif. Ayant effectué mon ravitaillement en changeant mon camelbag et en mangeant une barre sucrée, je pensais que Dimitri fatiguerait mais il tient toujours sa cadence tandis que je ne parviens plus à maintenir la mienne au dessus de 9kmh. A ce moment il construit sont avance et me met quelques centaines de mètres dans la vue rapidement.

C'est un coup dur car je ne me sens plus capable de le rattraper, dans ces moments là on passe par pleins d'émotions, la fatigue, la colère, le chagrin, la fatalité.. On a le temps de réfléchir à plein de questions existentielles qui ne nous font pas du tout aller plus vite. Vers 3h30 de course alors que Dimitri s'est échappé au loin, je me retourne et je vois Romuald Mamadou et Yoann au draft a environ 250m derrière moi, ce fut un déclic et j'ai retrouvé ma détermination du départ, ma moyenne remonte, j'augmente la distance avec eux et je remonte même un peu Dimitri. Le plus dur est alors de gérer la chaleur et le rythme cardiaque, j'essaie de m'appliquer sur un geste de rame puissant et n'hésite pas à sauter plusieurs fois à l'eau pour tenter de baisser ma température corporelle ( l'air est de 30•C et l'eau 27•C). A partir de 4h de course l'effort devient très difficile, il fait de plus en plus chaud et la douleur musculaire est de plus en plus vive, elle se répand partout et il faut alors essayer de l'ignorer au maximum.

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Dimitri - photo: sandrine david

10952398_10203765287797451_7247449640460569673_nMartin - photo: sandrine david

10959095_10203765299397741_6466394774466548544_nYoann - photo: sandrine david

1458492_10203765304437867_3228069299826117601_nRomuald - photo: sandrine david

Au bout de 4h30 on se rapproche beaucoup de la côte que l'on va longer jusqu'au phare de vieux fort, ca a été le seul moment presque agréable de la course car les résidus de houle croisés au backwash forment de légers bumps exploitables qui nous relancent un peu dans le rythme,. C'est un bon point pour renforcer le moral avant d'attaquer les 5derniers kilomètres de plat total après le phare. C'est le Moment le plus difficile de la course, on a l'impression que la distance avec l'arrivée ne se réduit jamais, Yoann me remontait à ce moment et n'était plus qu'à 200-300m derrière. Physiquement c'est presque insoutenable, on a juste envie que ça se termine, j'ai vraiment senti mes limites très proches, le geste devient alors machinal, plus du tout travaillé, la moyenne est entre 6 et 7kmh ce qui est très lent. Je me mets à essayer de faire des calculs mathématiques de vitesse et de distance pour être sur de ne pas me faire reprendre mais le cerveau commence sérieusement à disjoncter, il est temps qu'on arrive, les derniers mètres se font au ralenti, le traditionnel sprint vers la ligne d'arrivée devient une lutte pour ne pas s'écrouler mais le plaisir d'en avoir fini est la, enfin cette galère est terminée, après 2-3 litres d'eau glacée et un bon massage de l'équipe de kinés présents à l'arrivée on se sent comme renforcés, évidemment la douleur est toujours la mais pour moi qui n'avait jamais ramé aussi longtemps (sur du plat surtout) je sais que je me connais mieux et je commence à réaliser les aspects positifs d'un tel effort.


1509785_10203765276277163_4970591621514135693_nphoto: sandrine david

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Apres ça, je pense que n'importe quelle autre course paraîtra bien plus facile dorénavant. Pour ce qui est de l'arrivée après moi, Yoann n'arrive pas très loin devant Romu, ils se sont bagarrés pendant toute la course et ca a pas du faciliter les choses! Amaury dont l'expérience de l'an passé lui a permis de choisir une très bonne route fait une très belle fin de course où il reprend une bonne distance sur ses concurrents malgré une planche typée downwind et prend la 5ème place.

 Dimitri a vraiment été impressionnant de régularité, descendant rarement en dessous des 9kmh. Il était l'un des seuls à être vraiment préparé à la course, il avait adapté son entraînement au plat et a largement moins souffert de la chaleur que nous, étant en Guadeloupe depuis début décembre notamment. J'espère avoir d'autres occasions de me confronter à lui cette saison.

Pour ma part mon entraînement était basé sur le fait que ce soit un downwind, je n'étais donc pas du tout pret a ça et je ne suis pas du tout déçu de finir second, au contraire comparativement aux courses les plus dures auxquelles j'ai participé c'était de loin l'effort le plus difficile que j'ai réalisé. C'est donc une bonne expérience physique et morale. 

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Résultats
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équipe
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