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7 décembre 2018 à 16:37
, par Nicolas Arquin

[Interview] Olivia Piana : « Ce titre mondial est l'aboutissement de beaucoup de travail »


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Samedi 1er décembre en Chine, Olivia Piana a remporté son premier titre de championne du monde ISA de Stand Up Paddle, sur la longue distance. Interview avec la Française !


Sept titres de vice-championne du monde avant le bonheur ultime, un titre mondial ISA en Stand Up Paddle ! Samedi 1er décembre dernier en Chine, Olivia Piana (27 ans) a décroché le Graal, un sacre de championne du monde 2018, celui qui manquait à son palmarès.
Et de quelle manière !
La Varoise a dominé de bout en bout la longue distance, dernière épreuve individuelle de ces Mondiaux, s'offrant une fantastique victoire et entrant dans l'histoire du SUP Français.
Olivia Piana s'est confiée à SUP Magazine sur ce titre de championne du monde, en toute décontraction. Interview avec une sacrée rideuse !



Olivia, près d'une semaine après ton sacre mondial, as-tu commencé à mesurer la portée de ta performance ?

Je commence en effet à réaliser, j'attendais ce sacre depuis longtemps ! Cette course n'avait pas l'air propice à une victoire obtenue de cette façon-là, mais j'y ai cru énormément... C'est un rêve qui se réalise, c'est beaucoup d'émotions, cela me fait plein de papillons dans le cœur !

 OliviaPiana_FFSurf(Crédit photo FF Surf)

Dans quel état d'esprit étais-tu, au moment d'aborder cette longue distance ?

Quand j'ai vu Titouan (Puyo ) et Martin (Vitry) passer la ligne d'arrivée, j'ai eu peur... Ils étaient dans un état d'épuisement extrême, avec les conditions qui étaient principalement du vent de face sur les ¾ de la course. Je me suis dit que j'allais gérer, que c'était une course qu'on allait partager avec les filles, je ne m'imaginais pas la vivre en leader !



    Tu as réalisé en effet une course parfaite, en dominant cette longue distance de bout en bout. Quelle stratégie avais-tu décidé de mettre en place sur ces 18 km ?

La stratégie de base que l'on a construite avec Vincent Verhoeven, le coach SUP de l'équipe de France, était principalement axée sur la gestion. 18 kilomètres, c'est long et la course débute vraiment vers les 9km ! C'est une course qui vient taper dans les réserves profondes, avec des conditions qui étaient physiquement difficiles, du fait du vent de face...
Stratégiquement, l'objectif était de prendre des relais. Une fois sur l'eau, je suis partie avec les filles, j'occupais la 4e place. A la première bouée, nous sommes parties sur un downwind de 800 mètres, c'était la première fois que j'utilisais ma nouvelle planche Rogue (conçue en accord avec mes demandes). Et là, j'ai découvert une planche exceptionnelle !

Par rapport à la stratégie de gestion que j'avais programmé, j'ai juste allongé, ramé avec de l'amplitude, sans forcer ni mettre beaucoup de puissance... La planche a répondu extrêmement bien, elle était idéale par rapport à ma façon de naviguer.
Cela m'a permis de prendre une grande avance dés le premier bord en downwind, sans utiliser beaucoup d'énergie.

J'ai ensuite tenu ma rame sur la partie face au vent, je m'attendais à ce que les filles reviennent. Shakira (Westdorp) m'a rejoint à la fin de ce tour, puis je suis repartie lors du deuxième downwind, conservant le leadership les deux tours suivants.

J'ai pu effectuer toute la course en tête, ce à quoi je ne m'attendais pas du tout !

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  • (Crédit photo ISA/ Pablo Jimenez)
  • Que t'es-tu dit lorsque tu as entamé le dernier bord, avec 90 secondes d'avance sur Terrene Black ?

J'étais tellement heureuse, j'apprécie beaucoup Terrene et cela m'a fait plusieurs fois plaisir de voir gagner mes amies. Là, c'était mon tour de gagner ! C'est beaucoup de bonheur, ce titre mondial est l'aboutissement de beaucoup de travail. Je mène un combat pour le développement du sport féminin, j'espère que cela boostera le SUP en France. Une telle victoire, ce sont des sensations exceptionnelles...
Le plus fou, c'est que j'ai hyper bien vécu la course, je ne suis pas allée chercher le titre en forçant, mais en y croyant de tout mon cœur... C'était championne du monde, ou championne du monde !


    Es-tu surprise de t'être imposée si "facilement" ?

Je ne peux pas dire que je ne m'y attendais pas, car j'avais bien l'intention de gagner, mais il n'y avait pas de signe qui montrait que j'allais remporter cette longue distance. Je pense que dans la vie, il faut y croire coûte que coûte. Quand enfin cela te tombe dessus, wow... C'est le genre de moment que tu ne vis qu'une seule fois !

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  • (Crédit photo ISA/Pablo Jimenez)
  • Quelles images gardes-tu en mémoire de cette longue distance et de ces Mondiaux ?

La plus grande satisfaction que je garde, c'est la relation avec l'équipe de France. On a collaboré dans une intelligence collective remarquable. Même si tous les riders n'ont pas performé à la hauteur de l'attente de la Fédération Française de Surf, pour moi ce n'est pas ça qui est le plus important. Dans un débrief, j'ai dit que ce n'est pas la destination qui compte, mais le chemin, ces moments très forts que l'on partage. Peu importe nos différences, nous avons vraiment réussi à être en harmonie, soudés, tout au long de ces Mondiaux. C'est vraiment ce que je retiens...


  • Tu as décroché le 3e titre mondial en SUP de la France, après ceux d'Antoine Delpero (2012) et Titouan Puyo (2014), le premier pour une femme. Tu entres donc dans l'histoire du SUP, qu'est ce que cela t'inspire ?


Mon but, c'est de pousser le SUP féminin en France, communiquer l'idée que la compétition, la race, ce n'est pas de la souffrance. C'est une rencontre avec soi-même...
Les femmes ont moins tendance que les hommes à faire de la compétition, et j'espère que ce titre les encouragera à se dire : « il y a une championne du monde française dans ce sport, ça a l'air fun, pourquoi pas moi ? »

OliviaPiana_ISAJimenez(Crédit photo ISA/ Pablo Jimenez)

  • Qu'est- ce que ce titre mondial va changer dans ta vie ?


Ca va changer mon salaire ! (rires) Je plaisante... Ce titre appuie le fait qu'il faut y croire jusqu'au bout, et m'apporte de la crédibilité. En tant que femme, dans un sport qui est technique, cela montre aussi qu'on ne gagne pas toujours par la force. J'ai remporté ces Mondiaux car j'ai su collaborer avec des sponsors, qui sont des hommes et qui ont eu l'intelligence de m'apporter un matériel adapté.

 


Quel est désormais ton programme pour les semaines à venir ?

Je devais participer au Nautic Paddle, mais Air France s'est chargé de broyer ma planche dans un avion. Je suis extrêmement déçue car Air France est un partenaire de la Fédération Française de Surf, ils n'ont pas du tout assumé leur responsabilité qui est d'accompagner les athlètes. Ils me privent de participer à ce bel événement. Je serai malgré tout sur place pour encourager et échanger avec les personnes présentes.

Une très belle saison 2019 s'annonce, avec un Euro Tour très diversifié et très qualitatif. Je vais construire mon calendrier entre la Paddle League et l'APP. Pour préparer cette belle saison, je pars au Maroc pendant l'hiver pour m'entraîner et progresser aussi en surf !

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  • (Crédit photo ISA/ Sean Evans)

  • Le mot de la fin ?

J'aimerais remercier d'abord mes parents, qui m'ont toujours soutenue, notamment lors des moments de doute. J'ai débuté le SUP en 2012, à l'époque où ce sport n'existait pas vraiment. J'ai pris des risques financiers car ce fut un long apprentissage, mais mes parents ont toujours répondu présents.

Je remercie mon coach, Jean-Romain Foy, qui a cru en moi plus que moi-même, ainsi que mon deuxième coach Vincent Guillaume, qui m'a apporté un training SUP très pointu.

Merci à ma copine Emilie, qui est formidable, merci à mes sponsors Rogue et Boardworks, nous avons mis en place un partenariat vraiment professionnel.

Et merci SUP Magazine pour l'interview !

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(Crédit photo FF Surf)

Photo de Une : ISA/ Pablo Jimenez